Je suis partie à Aceh avec 10 volontaires indépendants,
dont 2 médecins et 2 psychologues. Nos partenaires sur
place nous ont réparti dans des maisons de familles de
victimes - j'ai démarré à Banda Aceh avec
une famille qui hébergeait 70 réfugiés
de Lamno, Aceh Jaya. Anisah de son côté s'est occupé
de la famille de Abdullah, qui a pris en charge toute sa famille
élargie, notamment le riche - non, ex-riche - propriétaire
de plusieurs gros magasins de meubles tous totalement détruits.
Beaucoup de personnes comme lui à Aceh ont tout perdu,
y compris leurs économies qu'ils gardaient en liquide
chez eux (Ils refusaient de mettre leurs économies à
la banque, par respect d'un principe musulman interdisant de
toucher des intérêts). D'autres volontaires sont
parties aider des familles ayant recueilli de nombreux enfants
à Pidi et à Bireun. Les derniers jours, nous avons
acheté et distribué vivres et vêtements
à des réfugiés qui n'avaient encore reçu
aucune aide.
Nos projets sont maitenant de bâtir des
abris pour les réfugiés, de continuer l'assistance
psychologique, de développer des programmes pour les
enfants et, petit à petit, des programmes d'aide pour
la reprise des activités économiques pour qu'ils
aient de quoi vivre. Notre principe est d'aider les survivants
qui sont en dehors des camps, qui ont été recueillis
par leur famille.
Notre premier objectif est de les
remotiver pour qu'ils puissent commencer à "s'aider
eux-mêmes", puis aider les autres. Nos programmes
vont donc impliquer les gens de Aceh. Nous
ne voulons pas développer des "camps de masse"
dans lesquels les Acinais n'ont qu'un rôle passif. Nous
avons encore besoin de volontaires expérimentés
en appui psychologique et aussi pour le développement
des programmes pour enfants.
Aujourd'hui, beaucoup de gens veulent aider, mais la capacité
locale est limitée. Or comment pourrions nous avancer
sans les gens de Aceh eux-mêmes? Je suis en contact
avec d'autres groupes qui partagent cette philosophie. La
priorité est de développer la capacité
locale, ensuite nous pourrons faire des propositions concrètes.
Certaines organisations font des propositions demandant 1
million d'euros, mais ont-ils la capacité sur le terrain
? D'ailleurs, qui a une quelconque capacité à
Aceh aujourd'hui? Personne. Il faut les développer
progressivement, avec les ONGs et par des activités
locales. C'est pourquoi nous avons travaillé avec Azwar
(un habitant de Aceh qui est notre partenaire local) et avec
des familles de Aceh parmi les plus motivées. J'ai
vu ce qu'ils font sur le terrain. Ils sont actifs et font
du bon travail, même si c'est en dehors de toute organisation
formelle. Nous allons maintenant nous réunir et commencer
à rédiger une proposition, basée sur
la présence permanente de quelqu'un sur place pendant
un an.
Nena Soeprapto,
le 18 janvier 2005
Spécialiste du développement rural
Fondation Yayasan Bumi Kita
Partenaire-Maître d'oeuvre de Solidarité Indonésie
à Jakarta
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